Reno était perché sur la falaise, face au soleil qui plongeait sur l'océan. Il aurait bien voulu disparaître avec lui. Le jeune homme frotta ses yeux habituellement d'un vert cristallin, qui pour le moment étaient surtout très rouges. La tristesse qui le consumait n'avait rien d'une petite déception que l'on trouve en règle générale chez les hommes. D'ailleurs, Reno n'était pas un homme normal. Pouvait-on considérer comme normal un individu qui nourrissait une passion enflammée pour son partenaire masculin, collègue et ami depuis toujours ? Depuis quelques mois, Reno ne réagissait plus de la même manière aux plaisanteries et aux accolades de Rudo, son partenaire chez les Turcks. Chaque apparition du grand Black provoquait des frissons dans les reins et le bas ventre du jeune homme, ainsi que des battements de coeur plus rapides, sans qu'il n'ait aucun contrôle là -dessus. A chaque fois qu'il croisait le regard de son partenaire, Reno se sentait empli d'une chaleur suffocante, qui imprégnait la moindre des particules de son être. Il se sentait vulnérable et ses nuits étaient hantées par une seule chose: les lèvres sensuelles et douces de Rudo... Seulement, Reno avait honte de ressentir des choses pareilles, et n'osait imaginer ce qui se passerait si Rudo découvrait la vérité. Sans parler de la réaction de tous les autres... Rufus, Elena... Tous riraient à gorge déployée. Mais ce qui le terrifiait le plus, c'était d'imaginer la réaction du principal intéressé... Reno jeta un caillou du haut de sa falaise, et apprécia le son chatoyant que produisait la pierre en déchirant les airs. Il se demanda combien de temps il attendrait encore pour suivre le même chemin. Pourquoi vivre encore quand la seule raison pour laquelle on trouvait que cela valait le coup de le faire nous était refusée, interdite et complètement inaccessible ? Le désir, l'amour qu'il éprouvait pour son collègue étaient en train de consumer le jeune rouquin qu'il était... Reno se leva et s'étira de tout son long, tel un félin. Son corps fin et élancé faisait pendre tellement de langues féminines sur son passage que le jeune homme trouvait réellement injuste qu'il ait autant de chance avec les filles alors que lui, il n'y avait qu'une seule personne qu'il portait dans son coeur... Il fixait la mer depuis un bon moment déjà, à tel point que les étoiles brillaient haut dans le ciel que les rayons solaires avaient lentement déserté.
- Tu comptes venir boire un verre ou faut-il que ce soit moi qui t'y traînes par la peau des fesses ? s'enquit une voix rauque dans son dos.
Reno sursauta. Il se retourna pour faire face à l'objet de tous ses tourments. Rudo se tenait droit, les bras croisés, juste là. Habillé de sa tenue réglementaire habituelle, il gardait pourtant toujours la même élégance, la même classe qui faisait fondre Reno. Son regard était perçant et le jeune rouquin se sentit encore une fois aussi vulnérable qu'il ne l'était possible pour un homme de son âge. Même l'alcool n'était pas parvenu à lui faire oublier ses sentiments. Et si l'alcool ne pouvait rien pour un jeune homme que l'on surnommait Reno l'alcoolo, c'était que plus rien ni personne ne pouvait quoi que ce soit pour lui.
- Alors, Reno ? Tu viens ou pas ? Elena voudrait te dire quelque chose...
Rudo observait Reno comme s'il tentait de déceler la moindre expression pouvant signifier quoi que ce soit, mais le rouquin gardait une expression faciale impassible. Il était doué pour cela, puisque cela faisait des mois qu'il s'y entraînait. Que n'aurait-il pas donné pour pouvoir enlacer Rudo dans la seconde, juste là, avec pour seuls témoins les étoiles qui scintillaient malicieusement et le doux bruissement des vagues qui viendrait murmurer à leurs oreilles ? Rudo commença à partir et Reno le suivit par de grandes enjambées.
Reno s'ennuyait ferme. La fête battait son plein, et les jeunes filles qui se frottaient contre ses longues jambes commençaient sérieusement à lui taper sur le système. Rudo était assis plus loin et ne cessait de fixer Reno, sans que celui-ci ne l'ait remarqué. En fait, le grand Black n'avait cessé d'observer le jeune rouquin depuis le début de la fête... Le jeune homme avait fini par céder à l'appel de la vodka, et de dépit, enchaînait les verres les uns après les autres. Il commençait à voir trouble quand une jeune fille voulut descendre son pantalon un peu trop bas. Il la saisit par les épaules, lâchant son verre dans un grand bruit de tessons brisés , et lui intima assez grossièrement d'aller tailler une pipe à quelqu'un d'autre car lui n'était pas intéressé le moins du monde. La fille, vexée, le gifla, et l'une de ses nombreuses bagues ouvrit la joue de Reno, ce qui fit rire grassement tout un attroupement de jeunes énergumènes bien éméchés eux aussi. Le rouquin se leva d'un bond, se tenant la joue pour empêcher le sang de ruisseler, et dégoûté, s'enfuit de ses longues enjambées caractéristiques, loin de cette foule, loin des cons. Le monde tanguait sous ses pieds, et il décida de rentrer à sa chambre, cela valait mieux pour lui. En entrant dans sa pièce, il laissa par inadvertance sa porte légèrement entrouverte. Le rouquin se dirigea vers son bureau pour saisir des mouchoirs et commença à s'essuyer la joue, laissant le liquide écarlate imbiber lentement le papier.
-Attends, laisse moi faire, murmura doucement contre son oreille une voix basse et rauque.
Reno se retourna juste à temps pour voir Rudo prendre un autre mouchoir. Qui aurait cru qu'un homme aussi baraqué pouvait se montrer aussi délicat ? Rudo lui massait la joue avec de petits mouvement très doux. Malgré l'ébriété du jeune rouquin, de longs frissons lui parcouraient le cou, pour s'étendre dans la poitrine et finalement descendre jusqu'à son ventre. Reno aurait voulu lui demander ce qu'il faisait, lui dire qu'il ne comprenait pas son attitude, mais c'était bien trop bon pour qu'il prenne le risque de tout gâcher. Qu'importait si le grand Black risquait de découvrir ses sentiments ? Ce contact entre eux était si intime que Reno se doutait bien que ce serait de loin le seul qu'ils partageraient de leur vie. Quand Rudo retira sa main, Reno ne put retenir un gémissement, qui n'échappa à son collègue. Au lieu de l'intriguer, cela fit naître un sourire carnassier sur ses lèvres. Reno ne put le voir car il était toujours retourné. Il prit une grande inspiration et se retourna.
- Tu ne retournes pas à la fête avec les autres ? demanda-t'il.
- Tu ne me remercies pas ? fit Rudo, souriant toujours avidement, avec un petit air malicieux, en dessous.
Reno le regarda fixement, tentant de rassembler ses esprits clairement, ce qui n'était pas chose aisée, après tout ce qu'il avait ingurgité. Peu sûr de la réaction de Rudo, il préféra réitérer sa question.
- Tu ne retournes pas à la ...
- C'est vraiment ce dont tu as envie ? insista son collègue, son sourire sauvage s'étirant le long de ses deux joues.
Reno se passa une main devant les yeux, puis dans la nuque pour se pincer, histoire de se prouver qu'il ne rêvait pas. Il commençait un peu à revenir à lui-même, pour le coup.
- A quoi tu joues ? voulut-il savoir, ses yeux vert clair redevenant peu à peu brillants.
Rudo poussa la porte, sans la fermer totalement, et se rapprocha de Reno, son sourire ne diminuant pas.
- Rudo ? fit Reno.
- C'est à toi de me le dire, jeune tigre. Ne me fais pas l'innocent, répondit lentement le Black.
Le pauvre coeur de Reno battait à tout rompre dans sa cage thoracique, et ses jambes étaiet à présent aussi molles que du coton.
- Je... Je ne vois pas de quoi tu parles... balbutia-t'il.
Rudo se colla de tout son corps contre le jeune rouquin, et glissa sa main droite derrière sa nuque, pour caresser ses cheveux flamboyants à leur naissance. Reno ne pouvait désormais plus bouger, complètement enserré entre les bras de son collègue. Sa tête posée sur l'épaule de Rudo, il ne pouvait l'empêcher de lui caresser la nuque. Il tremblait de tous ses membres, comme soudain envahi par une forte fièvre. Quand Rudo fit glisser son autre main entre les fines omoplates du jeune homme, celui -ci lâcha un gémissement étouffé de plaisir. Le Black s'écarta de lui, en le tenant éloigné avec ses bras. Reno put alors voir le sourire triomphant de son partenaire de travail s'étaler sur son visage et éclairer ses profonds yeux noirs. Si seulement Rudo avait pu savoir ce qui venait de ravager le jeune rouquin... Comme si une éruption volcanique avait eu lieu... dans son caleçon.
- Alors ? demanda Rudo.
Reno fut incapable de répondre. Il avait chaud, il tremblait, et faisait des efforts surhumains pour se donner une contenance. Il secoua la tête. Cette fois, Rudo décida de se montrer moins doux. Il plaqua Reno contre le mur, et posa une de ses mains au creux de la hanche du jeune homme.
- Rudo, s'il te plaît... la porte n'est pas fermée... N'importe qui peut entrer à tout instant...
- Tu aurais plutôt intérêt à te dépêcher alors ?
Le rouquin ne répondit rien. Rudo posa alors ses lèvres qui avaient tant et tant fait rêvé son jeune collègue lors de ces nuits suffocantes... entre ses deux yeux. Son souffle chaud faisait frissonner Reno de la tête aux pieds, et ses tremblements s'accentuèrent. La peau du jeune rouquin se couvrit de chair de poule, et pourtant, le Black ne faisait rien de plus que d'y faire courir son haleine tiède et douce . Le contact ne se faisait pas et Reno en devenait fou.
- Tu crois que je suis aveugle ? Tu crois que je ne t'ai pas vu, pendant tous ces mois, repousser ces filles toutes plus belles les unes que les autres ? Tu crois que je n'ai pas vu que tu n'arrives plus à respirer correctement à chaque fois que je suis en ta présence ? Tu crois que je n'ai pas vu tes deux émeraudes glisser au moins cinquante fois par jour sur ma bouche ? Que je ne te sentais pas te crisper à chaque fois que je te flanquais une tape dans le dos ? Tu crois que j'aurai fait un bon Turck si je n'avais pas été capable de voir tout ça ?
Rudo disait tout cela et chaque mot qu'il prononçait était une caresse sur la peau du rouquin tout autant qu'un apaisement sur son âme déchirée. Il saisit la main gauche de Reno, posa ses lèvres sur sa paume et continua de parler.
- Tu crois que tu es le seul à vouloir quelque chose que tu ne peux avoir depuis si longtemps ? posa-t'il la question, en faisant remonter ses lèvres au creux du bras de Reno.
Reno, dont le corps long et fin n'était plus qu'une petite boule chaude frémissante entre les bras de Rudo, poussa un long gémissement, et cette fois ci, il ne put se contenir. Il enroula ses longues jambes autour de la taille du grand Black, ainsi que ses bras autour de son cou. Le noir profond se mélangea un instant au vert émeraude, et leurs lèvres se mêlèrent dans la seconde qui suivit. Leurs langues s'entrelacèrent, formant un ballet dont elles seules connaissaient le secret. Rudo porta Reno jusqu'au lit, et y déposa le long corps, se laissant tomber dessus. Il s'arrêta d'un coup, provoquant un gémissement plus intense que les autres chez son...partenaire.
- Tu avoues enfin ? lui demanda-t'il.
Reno ne répondant toujours pas, il se redressa et lui arracha sa chemise, refusant de lui redonner sa bouche dans laquelle le rouquin aurait voulu se perdre pour toujours et révélant ses nombreux tatouages. Il caressa le torse fin et fragile du jeune Turcks du bout des doigts, observant ses réactions. De l'extérieur, on aurait pu croire que Reno était simplement bourré. Mais si quelqu'un s'était trouvé en lui à cet instant, il aurait été aussitôt réduit en cendres et poussières par la violence des émotions qui se bousculaient dans son coeur et son esprit, et qui avaient fait fuir toute raison. Il avait compris que Rudo avait souffert tout autant que lui de devoir taire son désir et ses sentiments, lui qui ne disait presque jamais rien. Et surtout, l'excitation et le désir que faisait naître le traitement de Rudo étaient à leur paroxysme... Celui-ci se pencha vers son rouquin et tout en lui caressant tout le haut du corps du bout des doigts, il mordilla le bout de son oreille droite, prenant entre ses lèvres le petit anneau doré et suçant le lobe, le tétant comme un petit enfant. Reno lâcha un soupir qui ressemblait à s'y méprendre à un véritable miaulement. D'ailleurs, cela n'échappa pas à Rudo.
- Tu miaules, mon chaton ? fit-il en riant.
En fixant Reno deux secondes de trop dans les yeux, il ne put résister à la tentation de l'embrasser à nouveau. Il lui saisit voracement les lèvres et se mit à le caresser beaucoup avidement, comme si son appétit de lui ne pourrait jamais être rassasié.
- La...porte, réussit à articuler Reno.
Rudo s'en fichait comme d'une guigne, et la peur d'être surpris venait ajouter au désir qu'il avait de faire ce jeune tigre sien. En parlant de félin... le jeune rouquin ronronnait à présent sans vergogne, et ce fut un rugissement qui retentit dans sa gorge lorsque Rudo lui retira son pantalon juste après qu'il ait eu l'audace de lui enlever sa chemise, révélant ses propres tatouages. Le contraste de la peau noire et la peau si pâle du rouquin n'étaient pas sans rappeler le Ying et le Yang... Deux entités parfaitement complémentaires. Cela faisait si longtemps que les deux hommes se désiraient l'un l'autre qu'à cet instant, jamais il n'aurait pu leur venir à l'esprit d'arrêter. Reno avait lui aussi commençé à téter les oreilles du Black, qu'il savait hypersensibles. Plus il suçait les oreilles de Rudo, plus celui-ci embrassait ses épaules, son torse avec fougue. Les longues mains fines et pâles du rouquin caressaient passionnément le dos massif et sombre, parsemé de grains de beauté de son collègue.
- Je t'aime, avoua Reno, le visage enfoui au creux de l'épaule de Rudo.
Il n'eut pas besoin d'en dire plus. Le désir qu'il avait de lui se lisait au fond de ses pupilles vert clair, éclairées par des étincelles couleur or que Rudo n'avait jamais vues avant. Le Black saisit le visage de Reno entre ses mains et parsema plein de petits baisers sur son front, ses joues, son nez, puis enfin, ses lèvres. Puis il descendit et le corps de Reno se cambra violemment lorsque Rudo passa sa langue contre les mamelons durcis du rouquin. Puis il descendit encore plus bas, et écarta la dernière barrière qui les séparaient encore...Mais il ne se pressa pas, faisant augmenter la tension et le désir de Reno tout autant que le sien. Ils avaient toute la nuit devant eux...Une nuit pour s'avouer tout ce qu'ils ressentaient l'un pour l'autre. Ils ne craignèrent jamais que quelqu'un poussât la porte. Tout simplement parce qu'ils avaient compris que cela ne servirait à rien de cacher leurs sentiments plus longtemps. Ils s'aimaient de tout leur être, et c'était bien cela le plus important.
Tsuki Nokokoro ★